L’herbe est verte

Lors d’un séjour à Phoenix Arizona, Laf pense s’amuser. Il se déguise en Elvis et souhaite adopter le mode de vie américain. Mais, lorsqu’il découvre les graves atteintes à l’environnement, il est pris d’écoanxiété et se met à délirer d’angoisse pour la planète et les êtres vivants qui la peuplent.


Elvis dog, Annie Boyer-Labrouche, 2022
Elvis dog, Annie Boyer-Labrouche, 2022

Ma maîtresse m’emmène en vacances à Phoenix Arizona. Je suis trop content d’aller aux States. J’adore les filles qui s’appellent Arizona. J’aime ce prénom pour les filles. J’ai préparé ma valise et j’ai décidé de m’habiller comme Elvis. J’ai laissé pousser mes favoris et j’ai coiffé mes poils de tête avec de l’huile de rose et de la vaseline. Je sens la rose. Comme je suis de couleur feu, une fois n’est pas coutume. Ça colle bien avec the King of Rock and Roll. I am love in you. Je pratique le déhanché suggestif, quand je vois passer une Arizona girl. Ne m’en veuillez pas trop, j’aime parler franglais ; ça me donne le genre rockabilly. J’ai trouvé la chanson qui me convient et je la chante à tue-tête, « Hound Dog », sur un rhythm’n blues ou « race music ». C’est une histoire de chien. Pas le hot-dog, celui qui me fait peur. Il sent bon, mais on le eat avec une drôle de mustard, ce chien chaud. Ce sandwich chaud et moelleux, fait référence au teckel comparé à une saucisse. Je ne suis pas un teckel, mais j’ai peur d’être mangé ! Revenons au « Hound dog ». Qu’est-ce qu’elle dit, cette meuf ?

« Tu n’es qu’un chien en chaleur qui rôde autour de ma maison, tu peux remuer la queue, je ne te nourrirai plus. »

Qu’est-ce que je vais manger ce soir ?

Elle continue, la meuf :

« Tu n’as jamais attrapé un lapin et tu n’es pas mon ami. »


Il faut faire en même temps que l’on chante des mouvements de hanche lascifs. Je ne suis pas Bugs Bunny. « Eh, what’s up, doctor ? Euh, quoi d’neuf, docteur ? » Il paraît qu’Elvis a dû chanter avec un basset qui portait un haut-de-forme ! La honte pour le basset ! Bon, je chante en me déhanchant, j’en perds mes lunettes de soleil. Il fait chaud en Arizona.

« - You ain’t nothin’ but a hound dog

-Cryin’ all the time.

-Cryin’ all the time

-Cryin’ all the time

-Well, you ain’t never caught a rabbit

-And you ain’t no friend of mine

-When they said you was high classed,

-Well, that was just a lie. »


A peine arrivé, je me suis mis en chasse du phénix. Il me faut des indices. Je sais qu’il renaît de ses cendres et la question est :

-« Suis-je un phénix ? »


Le phénix est l’hôte de ces bois. Tu sais, le fromage qui, selon les lois de la gravité, tombe. Et de plus, dans la gueule du renard. Je crois qu’il y a un corbeau ; ça ne m’étonne pas que dans les environs de Phoenix, il y ait des vautours. Du fromage ? Que nenni aux States. Et pas de bois, des cactus. Pas de phénix en vue pour le moment.


I am a rocker sur la terre des Indiens, les Navajos et les Apaches. J’ai peur que les Indiens attaquent. Ça y est, j’ai trouvé un phénix à Phoenix. Cette ville est dans le désert de Sonora, dans la vallée de la Rivière Salée qui est à sec. Cette ville est étonnante ; elle grossit grâce à ses industries électroniques, les puces, sauve-qui-peut, et les armes, bof, pas beau. Ça y est, j’ai vu le phénix à l’aéroport Sky Harbor. Je l’ai rencontré sur un mur et j’ai trouvé un ami, Paul Coze. Un français comme moi, amoureux des Indiens, comme moi, peintre et surtout fondateur des Scouts de France. Scout, quelle promesse pour l’humanité et l’animalité qui en ont bien besoin ! « Sois prêt ! », me dit souvent ma maîtresse. Mais moi, je suis plutôt un louveteau, du coup, c’est : « fais de ton mieux ». C’est ce que je fais toujours. Pas toujours réussi, je suis d’accord. Bon, j’ai vu le phénix, qui renaît de ses cendres, l’oiseau de feu. Mais, où est Buffalo Bill ?


Revenons aux choses sérieuses. Est-ce que vous avez déjà essayé de lever la patte sur un cactus cierge, plante xérophyte ? C’est piquant et effrayant. Je préfère faire pipi en fille. Je suis à la recherche d’un brin d’herbe. Alors, Phoenix, c’est une ville dans un désert, 42 degrés, de grosses voitures climatisées pour se déplacer d’un endroit climatisé à un autre et des gens qui portent des guns. Je suis assez désemparé. Et tout d’un coup, j’ai une hallucination. L’herbe est verte. Je peux enfin pisser. Je suis sur un golf. Un golf, dix golfs, cent golfs autour de Phoenix. Réputée pour le golf, the town en plein désert. Surtout le trou N°16, appelé le trou du diable. « The greatest show on grass ! » 500 000 personnes imbibées de bière regardent dans un Colisée un type mettre une balle dans un trou. Pour cela, il faut de l’herbe, donc de l’eau, dans une région où il n’y a pas d’eau. Logique. Carburant, climatisation, eau à gogo, dans le pays des snakes. On appelle cela faire des golfs là où la nature est riante. My God, ni plus ni moins, un snake avale une souris - une souris verte. Le bouffeur de souris se rapproche, tapi dans le tapis d’herbes. Pas fou le snake. C’est Voldemort, non, qui connaît le langage des serpents ? Et Harry qui a des baguettes en plume de phénix. Je crois que je commence à délirer. La chaleur et la bière et la logique des hommes. My God, Tromp et sa clique s’avancent en voiturette électrique, je crois, sur les greens. On voit les guns. Je délire, qu’est-ce que cet éléphant armé qui rate son coup ? Pas grave, on le lui compte ! Je délire. Je suis pris d’une sale crise d’angoisse. Je dois m’asseoir, plein de sueurs. Je souffre, je suis en détresse psychique, existentielle. Je sais que le réchauffement climatique existe, ce que Jumbo Tromp nie. Je vois ces comportements illogiques. Je suis pris d’écoanxiété, appelée solastalgie. Il faut venir me rassurer. J’ai peur de tout, du monkey pox, de l’assèchement et de la pollution du lac Mead, des souris, des snakes, des guns, des cactus. Pourquoi m’a-t-on emmené à Phoenix ? J’envoie balader mon Stetson et mes santiags. Plus envie de chanter. Plus envie des jolies Arizona. Plus de saucisses de chien chaudes. Je veux mon panier. Je suis comme les jeunes français, écoanxieux, angoissés par les catastrophes environnementales et le devenir du monde, saturé de plastiques et de pollutions. Je suis triste, anxieux et en colère. Je ne comprends pas le plaisir de jouer au golf dans le désert et de porter des guns. J’accepte de jouer au golf en Irlande, là où il pleut. Je souffre pour moi, pour les humains, pour les animaux et pour les végétaux.


Je dois me calmer. Ma maîtresse m’emmène au Club-House. Il fait froid. So crazy, je vois un labradoodle qui accompagne un golfeur. C’est un design dog issu du croisement d’un labrador retriever et d’un caniche. Qui a eu cette idée ? Il a sa gamelle, boit de l’eau minérale et profite de la climatisation. Il est sensé être hypoallergénique. Il ne faut pas déranger les maîtres avec des poils normaux, quoi. Moi, je suis au Club-House et j’ai une crinière comme Elvis. J’espère les faire éternuer. Ils ne sauront pas si ce sont mes poils ou leur clim, les bouffeurs d’énergie. Je secoue ma crinière. On se défend comme on peut. Le labradoodle est cher. Je le snobe. Pour moi, on est un labrador ou on est un caniche. Je suis au frais et je m’endors doucement. Dans mon rêve éveillé, Eve et le serpent qui croquent la pomme, les loups jaunes norvégiens qui chantent à l’Eurovision, le déhanché d’Elvis, le proverbe chinois « mettre des pattes à un serpent » pour les Yankees qui font des choses inutiles et inappropriées, Charles de Foucault qui dit qu’il est impossible d’aimer Dieu sans aimer les hommes ; moi, j’ajoute sans aimer les animaux, un hot-dog qui marche, une souris verte… Je deviens fou !

Une souris verte

Cette comptine pour enfants raconte l’histoire d’un officier vendéen, capturé par un soldat républicain. Il le présente à ses supérieurs ; s’ensuit la torture, puis la mise à mort. Le soldat est récompensé par une pièce de monnaie.

Une souris verte

Qui courait dans l’herbe

Je l’attrape par la queue,

Je la montre à ces messieurs

Ces messieurs me disent

Trempez-la dans l’huile,

Trempez-la dans l’eau,

Ça fera un escargot

Tout chaud.


Laf dédie cette chronique américaine :

- aux animaux tués par la guerre,

- aux insectes grillés dans les champs incendiés et les forêts qui flambent et tous les êtres vivants brûlés par le feu,

- aux jeunes hommes envoyés à la mort pour la jouissance d’un ogre qui se dandine comme un canard,

- aux « morituri te salutant » qui sont morts,

- à Igor de Kiev, prince de la Rus’ de Kiev, qui a tenté d’agrandir la Russie Kiévienne et fut tué par les Drevlianes.

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