La rentrée

Mis à jour : sept. 3

Laf rentre de ses vacances à la mer. Il apprend les nouvelles de la rentrée concernant ses amis les équidés et les aves. Il est terrorisé par les mutilations faites aux chevaux et ravi par l'interdiction de la chasse à la glu.

J'ai passé mes vacances à la mer. J'ai été accepté à l'hôtel. J'aime bien, on me sort matin et soir et pour de grandes balades. Le reste du temps, je me tiens... sur le lit. Au milieu du lit, plus précisément. J'ai vu qu'ils avaient barricadé le canapé avec des chaises. Pas folle la guêpe. Dès qu'ils ont le dos tourné, je file de mon coussin... entre les oreillers. Là, j'accepte d'attendre. Il n' est pas fou le Laf! J'aime bien le Carlina. J'avoue que j'ai eu peur une nuit quand la mer était démontée. Grandes marées. Un bruit de ouf toute la nuit. Moi qui suis sensible des oreilles. Je ne sais pas si je reviendrai dans ce lodge. Pourtant, j'aime ce lieu de villégiature. J'ai mangé de la truite de Banka. Mon rêve serait d'en pêcher moi-même, dans l'eau pure des torrents. Guetter et hop! un coup de patte.


J'ai lu les journaux de la rentrée et je suis très inquiet pour mes congénères équidés. Je connais bien les chevaux car on m'amène au club hippique. Bien que j'ai la phobie des ânes, je ne supporte pas qu'on leur fasse du mal. Vous êtes au courant de la barbarie en cours? Des attaques ont lieu depuis des mois contre les chevaux et le bétail, dans les enclos et les champs. Les animaux sont capturés au lasso, on leur met des tord-nez et on les mutile ou on les tue. Je suis désolé pour ces détails barbares. Sexe, couleur, valeur, il n'y a pas de tri. L'animal est mutilé. Par des découpes chirurgicales, on prélève des organes, yeux, organes génitaux ou on entaille, faisant d'horribles balafres à la serpette. Certains chevaux ont été saignés. Depuis que je suis petit, j'ai une peur bleue de la castration. Là, je suis servi! La nuit, je ne dors que d'un œil et quand je dors, même sur les doux oreillers, je fais des cauchemars. Pour signer les forfaits et emporter des trophées, les oreilles droites des équidés sont coupées.


Il paraît que ces pratiques sont récurrentes depuis des années. Pourquoi le cheval? Qui sont ces bouchers? Un portrait-robot d'un agresseur a été montré à la télévision. Je n'ai pas voulu le regarder, ce psychopathe fétichiste. En tout cas, j'ai peur et je vomis. La rentrée n'est pas belle. J'espère qu'ils vont installer des caméras de surveillance dans les paddocks du club équestre et qu'ils vont faire des rondes. J'espère que ma jument ne va pas connaître le sort de Lady, Hélios de Migou, Démon du Médoc, le prometteur trotteur, Helsa des Trois Vallées, Pascha la ponette, Gold, Scipion, Fanfan, Aïda, Cybelle, Colline, Biscotte.


La bonne nouvelle de la rentrée est l'interdiction probable-il ne faut pas toujours croire les promesses des politiques, et d'ailleurs des hommes non plus, de la chasse à la glu, en tout cas pour cette saison. Tu mets de la glu sur les hautes branches des arbres et tu attends que les oiseaux se collent. Et tu en fais quoi?


Moi, je suis un chien de chasse, un beagle, un chien de meute. Mais, la chasse n'a pas été mon destin. Cela ne m'empêche pas de jouer à la chasse. Je renifle en permanence;  je suis une piste, à droite, à gauche. J'ai l'instinct. Je sais utiliser le vent pour pister. Je cours très vite et je suis increvable. Avec un autre destin, j'aurais pisté un sanglier et assisté à son agonie. Bienheureux d'avoir un autre destin! Je préfère être "le meilleur ami de l'homme", un bon animal domestique, un chien d'agrément. Nous ne sommes plus des chasseurs; nous sommes des cueilleurs. Nous n'avons plus besoin de chasser pour nous nourrir.


Je n'envie pas du tout mes frères beagles qui vivent en chenil, attendant les sorties de chasse à courre en Sologne. Démodé et daté, tout ça.


Savez-vous que le petit oiseau est un gibier chassable dans la catégorie "oiseau de passage"?  Donc, les petits oiseaux font le délice de ceux qui sont adeptes de la chasse dite traditionnelle. Il reste quelques pèlerins qui la pratiquent avec dévotion dans le sud de la France. Ils mangent en se léchant les doigts les brochettes de petits oiseaux, en buvant du Chateauneuf, pour les plus éduqués. Des brochettes de grive musicienne -Turdus philomelos -, de grive litorne-Turdus pilaris -, de grive draine - Turdus viscivorus -, de grive mauvis. Et faute de grives, de merle noir - turdus merula -. Le merle noir est un oiseau des jardins, noir à bec jaune qui sautille sur ses deux pattes et peut s'apprivoiser. Donc, tous ces petits oiseaux inoffensifs sont attirés pour être tirés au fusil par des chasseurs à l'affût dans des cabanes,  grâce à des appelants. Les oiseaux collés par la glu aux vergettes, tiges de bois enduites de glu, sont mis en cage pour servir d'appâts sonores. Le cri de contact de la grive musicienne est un "sip" pour que les migrateurs nocturnes gardent le contact entre eux. Le cri d'alarme est la répétition du "té dé dé det". De toutes façons, il n'y a rien à se mettre sous la dent, tant ces oiseaux sont minuscules et plein de plombs!


En effet, la bonne nouvelle, c'est qu'il n'y aura pas de chasse à la glu cet automne! Est-ce qu'un humain aurait envie d'être collé au plafond par les pieds grâce à de la super glu, comme dans la pub?


La rentrée va être chaude et j'espère que les fétichistes des oreilles et les bouchers découpeurs vont être arrêtés grâce au portrait-robot comme aux Etats-Unis. Je vais accrocher partout le portrait du cruel psychopathe avec écrit "Wanted", mise à prix et coupure des oreilles et de la queue.


Faute de grives, on mange des merles, dit le merle moqueur.


Bonne rentrée

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