L’Ariégeois

Laf, confiné en Ariège, hume le parfum de l’azinat qui mijote sur le feu de bois.



Confiné en Ariège, Laf est assis près de la cheminée de la maison de montagne. Il est dans ses pensées.


-Je pense et je philosophe, comme Snoopy. Salut Charlie. Salut Peanuts.

On l’entend hurler :

«C’est l’hymne de nos campagnes

De nos rivières, de nos montagnes

De la vie man, du monde animal

Crie-le bien fort, use tes cordes vocales ».


J’use. J’use en reggae, yé. Salut, Manu. Salut, Mali. C’est la belle vie, hey man. Hey, l’animal de compagnie. Tu te la coules douce.


Tu parles ; avec ce couvre-feu, il faut une attestation à ma maîtresse pour me sortir après 18 heures. Dans le village, pas un chat. Que comprendre ? Un confinement personnel. Dans le village, 3 pèlerins. Et ils ne mettent pas de masques. Ils se prennent pour des fées et des lutins, les Ariégeois ! Même pas peur d’un virus ! Ici, les bêtes, on les chasse. Beurk, les traces de la biche traînée avec une corde le long du chemin dans la neige. Miam, pourtant j’aime bien la viande. Et je suis un potentiel chasseur. On m’enferme, car un beagle, c’est précieux. On a failli me voler. Une fois, on m’a même volé et récupéré. Donc, je n’ai pas le droit de sortir seul. Et je dois obéir au doigt et à l’œil. Mon œil. Inutile de dire que souvent, je feinte. Oui, je suivrais bien une chasse à l’isard ou au sanglier. Mais, moi, je suis civilisé.


Hum, ça sent bon. Le feu crépite, l’oule chante. Prononcer « l’oulo ». Vous ne savez pas parler patois ?


Moi, si. L’oule est pleine de bouillon. Ma maîtresse prépare un azinat. Elle a ramassé des légumes au jardin. Oui, monsieur, nous avons un potager. Rustique. Oignons, pommes de terre, carottes et chou. Un beau chou pommé. Oui, pommé. Je vais avec elle et j’aboie après les chèvres qui broutent en bas. Depuis que les chiens du musher ont déménagé et que le labrador est mort, je suis le seul chien du village. Petit, vif, cabot, indépendant, aimant le confort, en particulier les canapés et les genoux. Choux, genoux, hiboux, x au pluriel. Alors, dans l’oule, elle a rajouté des coustellous, vous chercherez ce que c’est, si vous n’êtes pas du Sud, de la saucisse de foie de Foix, un fond de jambon ranci, qui pue, mais oui. Le rance donne du goût. Cela vient du fait qu’autrefois, on conservait le boucané dans le garde-manger. C’est pour cela que le cochon était salé et fumé. On ajoute aussi de la saucisse de couennes. De couennes, oui. Pourvu qu’elle n’explose pas dans l’oule ! Je pense qu’on me donnera des restes du festin, après que les humains eurent repu. Serais-je de rang inférieur, un subalterne ?


Soit, j’accepte l’offrande. Donc, je goûterai ce plat paysan, cette soupe à la graisse de canard. Les riches mettent du confit. Ma maîtresse prépare la rouzolle. Pour ceux qui ne sont pas des Ariégeois, c’est une farce à base de chair à saucisse. Vous savez faire : chair, œufs, pain rassis, ail. La rouzolle est cuite en galette dans la poêle. Le plat se mange en plusieurs services, ma chère. Le bouillon aux vermicelles permet de « fa chabro ». Vous ne parlez toujours pas le patois. On ajoute du vin rouge dans l’assiette quand il ne reste que 2 ou 3 cuillers de soupe. Ah ! le parfum de l’azinat qui s’échappe de l’oule, sur le trépied dans la cheminée. L’odeur du feu de bois. Le pain qui cuit dans le four à pain. Moi, sur le coussin de la chaise. Pourvu que le saucisson n’explose pas. Je suis un privilégié. Foin du coronavirus. Foin du vaccin. De pauvres chiens sont dressés à détecter le corona sur des tampons. Moi, je me prélasse. Des chats et des chiens sont testés au PCR en Corée. Des grands singes en zoo sont vaccinés avec un vaccin fabriqué sur des cellules de chimpanzés. Et les oiseaux et leur grippe aviaire ! Certains oiseaux sont confinés depuis plusieurs mois, placés sous couvre-feu. Les humains contrôlent les toits couvre-feu. Ils ont peur d’être contaminés. Donc, on vaccine les oiseaux ! Ils en sont à la deuxième dose injectée dans leur cage thoracique. Les manchots papous de l’aquarium de Bergen sont vaccinés ; mais oui, ce sont des oiseaux. Les animaux ont leurs épidémies et leurs vaccins H5N8. Et la grippe porcine ? Les porcs sont sensibles aux virus de la grippe aviaire, humaine et porcine. Ils peuvent être infectés par des virus de la grippe d’espèces différentes, canards et humains. Possible que les gènes des virus se mélangent et créent un nouveau virus. En 2009, le virus H1N1, doté de gènes porcins, aviaires et humains, apparu au printemps, a provoqué la première pandémie depuis plus de 40 ans. Les hommes craignent les virus transmis par les animaux. S’ils ne les cherchaient pas dans les grottes, s’ils ne les chassaient pas des forêts, s’ils les élevaient dignement, pas de revanche du virus !


« C’est l’hymne de nos campagnes

De la vie man, du monde animal ».


Salut Guizmo. Salut Damelito. Je suis pour le cochon bien tué. Je suis contre le coronavirus. Je refuse d’être utilisé pour l’attestation, pour la détection. Je ne veux pas être vacciné de la grippe aviaire. Hum, ça sent bon. Je rêvasse. Il paraît que les « bébés coronavirus », nés en 2020, s’attachent aux flacons de gel hydro-alcoolique qu’ils prennent pour des canards, avec leurs becs pointus. Vous connaissez l’éthologie, non, avec la notion d’empreinte.

Miam, le confit de canard. Ma maîtresse a fini de cuire la rouzolle. Elle vient s’asseoir au coin du feu et me caresse. Je fais les yeux doux :

« Nous, nous, nous

Nous on s’en fout de vous

Vous pouvez prendre tout

Tant qu’on est tendre nous ».

Salut Juju


Le chien

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