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samedi 14 juin 2014

jeudi 27 mars 2014

Monologue du chien

Arthur H. pense :

Les chiens peuvent être les victimes des pervers narcissiques, peut-être comme les enfants, les victimes idéales. Je pense à cette histoire.
Cet homme qui a tué sa femme, ses trois enfants, son beau-fils et ses deux chiens, deux labras comme moi.

J’ai entendu dire qu’il a placé les corps côte à côte sous la terrasse, le corps du beau-fils, les corps de la femme et des enfants alignés à côté et les corps des deux labradors, en garde des cadavres.
La preuve que les chiens sont membres à part entière de la famille. Cet homme a recouvert les corps de chaux et les a emballés dans des sacs poubelles. Idem pour les chiens. Cet homme a tué tous ceux qui l’aimaient. Il a voulu gommer son passé, effacer les traces de sa vie. Nous, nous restons les sphinx, les gardiens de la famille anéantie.

Epitaphe:

Hommage aux toutous

Toi, mon maître, tu es ailleurs, refaisant ta vie.
Merci de nous avoir tués, car nous serions morts de chagrin.

Chez le psy 6





Aujourd’hui, le psy porte un costume clair. Chaussettes marron, chaussures jaunes. Beurk !!
J’écoute d’une oreille sous le bureau. Relents d’odeurs de cuisine, venant de l’autre côté du couloir.

La maîtresse :
– Je suis très inquiète car Arthur fait beaucoup de cauchemars. Quand il dort, il bouge et remue les pattes arrière en respirant fort. 

Arthur lève le cou et fulmine :
– J’ai horreur qu’elle parle de ma vie intime.

Elle reprend :
– Il a été traumatisé par ce fait divers concernant un homme qui a tué toute sa famille, y compris les chiens. Depuis, il a peur des pervers narcissiques.

Le psy ne bronche pas :
– Les pervers narcissiques, ça n’existe pas. Ce n’est pas dans le DSM¹ .

Le chien :
– Oh la honte, la honte soit sur lui. Et dire qu’il nous a déjà fait un discours sur la honte et la culpabilité. La honte c’est quand il s’aperçoit qu’il a mis deux chaussettes différentes.

Moi je sais :
– Quand ma maîtresse parle de ma vie intime, j’ai honte. Je me mets dans un trou de souris.
– Quand je vole un morceau de pain, je me sens coupable… pas trop… j’ai envie de recommencer !


¹Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders publié par la Société américaine de psychiatrie, ouvrage de référence qui classifie les troubles mentaux

mercredi 26 février 2014

Chez le psy 5

Arthur en séance

Houah ! Le psy porte un costume trois pièces. Il est bien sérieux aujourd’hui. Bonnes odeurs, chaussettes rouges.

Arthur est bien calé sous le bureau :
– Gloups ! J’ai laissé échapper la balle que j’ai dans la gueule, que je croyais subrepticement cachée. Il ne fallait pas qu’il me fasse rire avec ses chaussettes rouges.

Le psy :
– Qu’est-ce que c’est que ça ?
La maîtresse :
– Arthur !
Le psy s’adresse au chien, un doigt en l’air :
– Forbidden, no play, verboten. Il faut te parler en frenglish : interdit d’amener ta ball. Comprendo, perro.
Le psy se lève et fait un magnifique lancer de balle. Arthur récupère la balle de tennis dans sa gueule.

Le psy revient à son fauteuil en murmurant : « j’aime faire des drops ».
Et blablabli et blablabla…
La maîtresse continue ses doléances :
– Arthur a fugué ! J’ai tellement peur d’être abandonnée. Je l’ai cherché, cherché et j’ai fini par le trouver entre les pattes de Patou. Ce chien doit manquer d’affection. Est-ce que je suis une bonne mère, une mère « suffisamment » bonne ? Winicott¹  trouverait-il que je suis une bonne mère ? Vous savez, j’ai un fort sentiment de culpabilité. Alors, j’ai porté un doggybag pour Cristobal et un doggybag dog pour Patou, avec plein de hot-dogs tout chauds.

Arthur se bouche les oreilles. Il serre fort la balle dans sa gueule. Il n’aime pas qu’on étale sa vie intime et qu’on fasse la charité à ses amis.





¹ D. W. Winnicott, The Child, the Family, and the Outside World (Middlesex 1973) 

dimanche 9 février 2014

Anecdote de chien : Doggy blog on the road

C'est l'heure de la promenade. Arthur aime la rue. Il croise Voyou avec son maître: poils roux, casquette, bandana. Voyou trace son chemin, le nez en l'air. Arthur ne copine pas avec ce gavroche.

Plus loin, il y a Pirate. Toujours debout, au coin de la place. Il porte un chapeau dans sa gueule. Il fait la manche. Son maître est un jongleur de rue. Pirate est un enfant de la balle. Arthur ne sait pas s'il aimerait être ça.

Rêve et Michou sont, comme d'habitude, attachés l'un à l'autre. Ce sont les gardiens de Jean qui dort sur le banc. Les chiens siamois ont la même odeur, la même vie.

Arthur saute de joie quand il voit Patou. Patou, c'est son copain. Patou est le protecteur de Christobal. Christo a fait son logis dans un recoin près de la banque. Il y a longtemps qu'il a tout perdu. Il dort dans ses cartons. Un de ses derniers amis lui a apporté le chiot de l'Ariège. Depuis Patou a grandi: 80cm au garrot, 55 kg. Blanc comme neige, propre malgré l'adversité et les intempéries. Patou protège son maître, le réchauffe. Arthur le respecte. C'est le chef de la bande. 

La rue est un territoire. Les hommes y vivent. Les chiens, "loups remplis d'humanité"¹, y rodent. Il y a trente mille ans, loups et hommes ont scellé leurs destins².
Arthur aime la rue, même s'il est un animal domestiqué. Gardien, allié, protecteur, le chien de rue est un compagnon de cette espèce appelée humaine.
Arthur chantonne: "Je suis un chien - un canidé - un loup apprivoisé³... ♪ On the road again, again, again. On the road again "


Source :
http://www.chiens-de-france.com/site_eleveur/index.php?rub=presentation&page=rubrique_histoire&ID_ELEVEUR=8404&ID_SITE=9375&ID_HISTOIRE=32701&I_ORDRE=6&PK_RUBRIQUE=1088

¹La fontaine²
 Génétiquement, le chien descend du loup et est interfécond avec les loups. La domestication du loup est la première de toutes.
³ Canis lupus familiaris

dimanche 2 février 2014

Chez le psy 4



Doggy bag

Arthur H., tout content, se rend chez le psy. Il aime ça : bonnes odeurs, rencontre avec sa copine. Il est bien sous le bureau. Aujourd’hui, chaussettes correctes, en fil d’Ecosse, noires, avec pantalon en velours côtelé. Plutôt smart. Bon, chaussures pas cirées depuis longtemps. Il écoute sa maîtresse parler de sa névrose.

-  Docteur, est-ce que je dois avoir honte ? J’étais au restaurant avec Amaury, Léa et Ben. Ils ont pris d’énormes pizzas et moi un gros plat de pâtes. Je suis obsédée par le gaspillage de nourriture.
Le chien dans sa tête : oui, je sais, j’étais sous la table… Hum, ces parfums italiens.

- J’ai eu l’idée de demander une cani-boîte pour emporter ce que nous n’avions pas fini.
Le noir : - Une cani-box pour de la cani-food. Faut que je raconte ça dans mon doggy blog.

- Nous sommes ressorti avec des boîtes à pizza à moitié vides et une barquette.
Le chien : - Une gamelle ? Oh la honte sur moi. Et pourquoi ne pas proposer des os ?
Je ne veux pas être utilisé, surtout lorsqu’il s’agit de bouffe. Elle qui cherche un travail, pourvu qu’elle n’ait pas l’idée de créer une entreprise de doggy bags.
Je ne veux pas servir de prétexte. Je ne suis pas un chien de réclame… sauf pour un hot dog, si je suis payé en nature. Etre comédien m’aurait bien plu, surtout jouer des scènes d’amour. J’adore les petites actrices. J’ai un rapport mythologique avec les femmes. Avec elles, je suis un gros toutou.

- Oh la honte. Pourvu que maîtresse ne mette pas ma photo sur les doggy bags. Ou alors, je demande des royalties.

Photo : metropoleparis.com

dimanche 26 janvier 2014

Anecdote de chien : Marathon dog




« Marathon man »
Arthur H raconte sa journée:

7h : sortie matinale
Je salue les ponettes de la police municipale, Chips et d’autres clébards qui dorment dehors et sont mal réveillés. Quand j’en ai assez d’avoir cherché le Nord, je prends ma laisse entre les dents, signifiant que je veux rentrer à la maison.

10h : Canicross avec Amaury
Je suis sensé lui obéir au doigt et à l’œil, à ce « marathon man ». Mon œil ! C’est moi qui l’entraîne. Nous avons bientôt une compet’. Il dit un trail, un canitrail. Nous allons gagner car je suis un « marathon dog ».

Midi : Repas en famille
Je suis le roi du vol de pain. Ni vu ni connu, subito presto, j’ai chopé le morceau sur la table… et quelque fois le pain entier qu’il est très difficile de me reprendre : « marathon bread ».

14h : Chez le psy
Je croise l’adorable petite Spitz qui frétille de la queue.
Et blablabli et blablabla.
Ca sent bon sous le bureau.
Non, je ne me gratte pas.
Oui, je suis un bon chien. 

17h : Jeu
Je joue avec mes potes :
- à la balle avec Ben : ramène, ramène…
- Léa : mais qu’il est mimi mon petit Arthur…

20h : Télévision
Après le repas du soir, je regarde la télé, planté droit comme un i devant l’écran. Je n’ai pas trop l’image, mais j’ai le son. Si un bruit me dérange, je pars comme un dératé en aboyant comme un fou vers la porte d’entrée. Je suis le gardien de la maison, cela donne un sens à ma vie.

Combien de calories ai-je dépensé dans ma journée de marathonien ? Je vais demander à Amaury de me prêter son bracelet de haute technologie que je vais accrocher à ma patte avant droite.

En ce qui concerne la pollution, il parait que je pollue plus qu’un 4x4¹. Je me suis disputé avec Jumbo à ce sujet. C’est lui qui me porte lorsque nous allons à la montagne. Il semble qu’à nous deux nous atteignons des sommets de pollution. Je crois que « marathon car » se culpabilise un peu de ce mauvais record préjudiciable pour la planète, mais il faut bien vivre.

Jumbo